Municipales 2008 : penser la jeunesse comme ressource.
Source : AFEV
Un article sur la jeunesse comme ressource serait superflu si cette représentation faisait consensus. Or, la société française semble actuellement douter des richesses que les jeunes ont à offrir, déstabilisée par les peurs qu’ils suscitent. Prendre le temps d’identifier les regards posés sur la jeunesse est ainsi essentiel, parce qu’identifier nous permet d’interroger et d’appeler à une remise en question des présupposés conditionnant l’action publique à l’égard des jeunes.
Un article sur la jeunesse comme ressource serait superflu si cette représentation faisait consensus. Or, la société française semble actuellement douter des richesses que les jeunes ont à offrir, déstabilisée par les peurs qu’ils suscitent. Prendre le temps d’identifier les regards posés sur la jeunesse est ainsi essentiel, parce qu’identifier nous permet d’interroger et d’appeler à une remise en question des présupposés conditionnant l’action publique à l’égard des jeunes.
La question des jeunes est omniprésente dans les débats. Représentant l’avenir d’une famille, d’un quartier, et plus globalement de la société française, les jeunes sont source d’espoir, mais, perçus en danger ou dangereux, ils suscitent de nombreuses craintes. La jeunesse apparaît menacée par la précarisation des conditions de vie, la violence des rapports sociaux, la société de consommation et l’influence jugée pernicieuse des médias. Cette jeunesse suscite outrage et émoi quand, souvent féminine, elle est victime d’actes pédophiles, d’abus ou d’agressions. A l’inverse, la jeunesse devient objet d’effroi dans le contexte des violences urbaines
Cette jeunesse dangereuse, une représentation que les médias ont largement contribué à instituer, le poids des mots et des images tend à faire oublier que ces craintes ont traversé les âges et les pays. Ainsi, en Grande-Bretagne, les jeunes dont le comportement est taxé d’anti-social font l’objet d’une véritable diabolisation dans les médias.
En réponse à ces perceptions, l’action politique s’est orientée vers des mesures de contrôle chargées de maintenir les jeunes à l’écart du monde des adultes, en attendant qu’ils le deviennent eux-mêmes. Cependant, suite à la répétitions des violences urbaines et à la prise de conscience du caractère structurel de la crise, les élus ont de plus en plus souligné l’importance de la participation des jeunes à l’espace public, comme l’illustrent la multiplication des conseils d’enfants et de jeunes à partir de 1982 et la création du Service Civil Volontaire suite aux émeutes de novembre 2005.
Cependant, ces injonctions à la participation ont eu un effet limité sur les jeunes ciblés par ses mesures. Oser s’engager implique en effet une certaine estime de soi et la confiance que l’action que l’on mène peut être utile. Or, nombreux sont les jeunes n’ayant pas les repères suffisants pour donner forme à leurs envies, beaucoup évoluant en outre dans un contexte de méfiance des institutions. La représentation de la jeunesse comme ressource par les élus peut ainsi, de manière paradoxale, contribuer à la marginalisation et stigmatisation de ceux qui ne s’y retrouvent pas.
Cependant, ces injonctions à la participation ont eu un effet limité sur les jeunes ciblés par ses mesures. Oser s’engager implique en effet une certaine estime de soi et la confiance que l’action que l’on mène peut être utile. Or, nombreux sont les jeunes n’ayant pas les repères suffisants pour donner forme à leurs envies, beaucoup évoluant en outre dans un contexte de méfiance des institutions. La représentation de la jeunesse comme ressource par les élus peut ainsi, de manière paradoxale, contribuer à la marginalisation et stigmatisation de ceux qui ne s’y retrouvent pas.
Les récentes mobilisations des jeunes, qu’elles soient protestataires, comme lors de la crise du CPE ou des banlieues, ou solidaires, sont la preuve que les jeunes ont à coeur d’être considérés comme des acteurs de leur propre vie et de la société.
Penser la jeunesse comme ressource pour elle-même et pour la société, c’est donc, au-delà des mots, accepter de repenser les fondations de l’action publique envers les jeunes. Ceci implique de concevoir un véritable espace de dialogue et d’interactions entre générations. Le local, territoire dans lequel les jeunes s’intègrent et se construisent, offre à ce titre un véritable espoir de développement de la jeunesse actrice de son environnement. Un nombre croissant d’acteurs, se concentre sur la co-construction des projets avec les jeunes, reconnaissant ainsi la contribution positive qu’ils peuvent avoir au sein de leur communauté. Cette approche de projet se fonde sur la confiance mutuelle, la légitimation de l’action des jeunes et la reconnaissance de leurs connaissances et compétences. Elle s’inscrit très clairement dans le concept anglo-saxon de youth empowerment, processus au cours duquel les jeunes acquièrent des ressources cruciales pour leur émancipation sociale et professionnelle tout en faisant bénéficier les autres de cet apprentissage. Ainsi, loin de maintenir les jeunes à l’écart du monde adulte, ces projets les préparent pour en faire partie, à part entière.
Les élections municipales représentent un moment privilégié pour (ré)introduire la notion de « jeunesse ressource » en lieu et place de la jeunesse à problèmes. Espérons qu’élus, médias et autres professionnels de la jeunesse sauront ouvrir leur porte et leur esprit aux jeunes dans toute leur diversité et à leurs nouvelles formes d’engagement.
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