Texte des résolutions adopté par le congrès de Plérin 2008 / 1

I - Analyse : situation générale

. À l’extrême droite, le Front national, qui n’a jamais percé en Bretagne, reste marginal.

Dans la partie situation générale, nous abordons les constats et analyses de la situation du monde sur les plans de la politique, de la démocratie, de l’économie, du social, de la culture, de l’environnement... et, à chaque fois, les questions qui nous sont posées et les enjeux qui en découlent. Notre grille d’analyse UDB nous permet de proposer une lecture critique et d’envisager les changements à revendiquer ou à mettre en œuvre tant pour les objectifs à atteindre que pour la méthode pour y parvenir.

I-1) Quel avenir pour le village planétaire ?

a) L’Union démocratique bretonne inscrit sa réflexion et son action en tenant compte des profonds bouleversements intervenus ces dernières années en Europe et dans le monde. La Bretagne est intégrée à ces espaces, elle ne peut ignorer ce qui s’y déroule.

b) La mondialisation libérale a atteint ses limites, et son caractère insoutenable est aujourd’hui indéniable. Confrontées à une double crise écologique et économique, nos sociétés doivent désormais opérer une révolution en profondeur et donner une place centrale à la diversité, la soutenabilité et la solidarité si elles veulent pouvoir limiter les effets de la crise.

 

I-1-1) Les limites de la croissance

I-1-1-1) L’économie mondialisée se heurte aujourd’hui aux limites physiques de la planète suivant des modalités qui rappellent fortement les prévisions du Club de Rome au début des années 70. On constate depuis 2004 une stagnation de la production de pétrole et une fluctuation considérable des prix. Tout indique que nous avons atteint le peak oil (extraction maximale possible de pétrole) ou que nous sommes sur le point de le faire et que la quantité de pétrole disponible à l’échelle mondiale ne peut à l’avenir que se réduire avec un coût qui ira croissant.

I-1-1-2) L’uranium, le charbon, le gaz naturel et autres énergies fossiles ne pourront remplacer le pétrole que de façon partielle et sur une durée limitée, car ces ressources sont tout aussi épuisables que le pétrole et leur production entamera un déclin irréversible à une échéance de dix ou vingt ans.

I-1-1-3) Le modèle de la « révolution verte », développé dans les années 70, est en train de s’épuiser et la production céréalière est devenue structurellement inférieure à la demande depuis 2000. La situation est encore aggravée par le changement climatique et le développement des agrocarburants. L’effondrement des stocks s’est traduit par une hausse considérable des prix et de graves troubles sociaux dans les populations urbaines du tiers-monde.

I-1-1-4) Le réchauffement climatique global, prévu dès les années 70, se confirme. Il semble aujourd’hui peu probable qu’on puisse éviter une hausse substantielle de la température, une augmentation du niveau de la mer et des phénomènes climatiques extrêmes touchant particulièrement les pays les plus défavorisés. De vastes zones pourraient être perdues pour l’agriculture et entraîner d’importantes migrations.

I-1-1-5) Les conséquences de ces évolutions restent encore difficiles à évaluer. Il est probable, cependant, qu’elles se traduisent par un cycle de crises sociales, économiques et politiques entrecoupées de périodes de répit plus ou moins longues. Ce phénomène de crise autoalimentée ne s’interrompra qu’au moment où nous pourrons faire reposer l’ensemble de notre économie sur des ressources renouvelables, ce qui paraît difficilement compatible avec le maintien de la société de consommation.

I-1-1-6) Bien que bénéficiant des avantages du monde développé, la Bretagne n’est pas épargnée par cette évolution. L’estuaire de la Loire est à terme gravement menacé par la montée du niveau de la mer et, si nous ne sommes pas menacés de pénuries comme dans le tiers-monde, la hausse du prix des matières premières rogne dès aujourd’hui le pouvoir d’achat et menace la viabilité de secteurs entiers de notre économie.

I-1-1-7) Les phénomènes précédemment décrits peuvent être sujets à débats et l’UDB doit en tenir compte. En particulier une réorientation de la recherche en vue de contrecarrer ces évolutions ou leurs conséquences peut entraîner des progrès scientifiques et techniques importants actuellement insoupçonnables.

l-1-1-8) Les évolutions prévisibles ne doivent pas masquer le jeu des différentes forces sociales et des différents États ou territoires dans l’appropriation des ressources et des biens. L’enjeu politique autour de la répartition des richesses connaîtra une acuité certaine dans un contexte idéologique où l’égoïsme des possédants tente de battre en brèche les systèmes de péréquation et donc de solidarité.

 

I-1-2) La crise du capitalisme

I-1-2-1) La crise dite des subprimes qui a éclaté en 2007 aux États-Unis était prévisible. Elle n’est pas fondamentalement différente des autres crises spéculatives qui ont marqué l’histoire du capitalisme depuis l’effondrement du marché de la tulipe aux Pays-Bas en 1637. Elle se situe néanmoins dans un contexte particulier.

I-1-2-2) La démantèlement des régulations imposées par les États à la fin de la Seconde Guerre mondiale a abouti au retour d’un capitalisme financier largement découplé de l’économie réelle et faisant passer des impératifs de rentabilité à court terme avant les logiques industrielles et commerciales. La conséquence en est une pression de plus en plus forte sur les salariés qui voient leur part dans la répartition des richesses se réduire de manière significative, et ce de l’aveu même de la droite qui admet que « depuis plusieurs années, les salaires progressent beaucoup moins vite que les revenus du capital ». Elle rend, par ailleurs, l’économie beaucoup plus vulnérable à des crises purement financières qui, en faisant disparaître des quantités considérables de liquidités, entraînent une restriction du crédit et donc de l’investissement.

I-1-2-3) La raréfaction des ressources a entraîné une hausse du prix des matières premières qui se diffuse progressivement dans l’ensemble de l’économie en se concentrant sur les produits de première nécessité et pèse surtout sur les plus démunis.

I-1-2-4) Si la spéculation n’est pas la cause première de nos difficultés, elle les aggrave considérablement. Les liquidités créées par la politique de crédit facile initiée par la Réserve fédérale américaine se portent, en l’absence de toute régulation, sur les marchés les plus tendus en en accroissant la volatilité. Cette volatilité nuit aux investissements, nul ne pouvant plus être sûr de ce que seront les prix des matières premières à moyen terme, sans pouvoir contrecarrer, sur le long terme, l’augmentation générale.

I-1-2-5) Par ailleurs, la mondialisation-globalisation montre clairement ses limites, la crise bancaire en est une parfaite illustration. Le centre industriel de la planète continue à migrer vers les pays les plus peuplés d’Asie. Les pays producteurs de matières premières utilisent le protectionnisme et les nationalisations pour s’assurer le contrôle de leurs ressources et garantir un accès privilégié de leur population à ces ressources. De plus, le prix croissant des transports rend problématique la stratégie consistant à concentrer la production d’un bien dans une seule région du monde. Les importations bon marché ont souvent détruit non seulement la production locale, mais aussi la capacité de production locale, avec pour conséquence la paupérisation et l’émigration forcée de populations entières.

I-1-2-6) Parallèlement ; les États-Unis voient s’éroder l’hégémonie financière qui, jusqu’à aujourd’hui, leur avait permis de compenser la perte progressive de leur hégémonie industrielle à partir des années 70. La création puis l’affirmation de l’euro a été une étape décisive dans ce processus, car elle limite la capacité des États-Unis à financer leur mode de vie en détournant les capitaux du reste du monde. C’est pour compenser ce déclin que l’administration Bush, dominée par les néo-conservateurs, s’est lancée dans une politique d’aventurisme militaire destinée à s’assurer le contrôle de ressources ou de positions clés. Cette politique a cependant été un échec sur le terrain et elle n’empêchera pas plus le déplacement du centre géopolitique de la planète vers le sud et l’est asiatique.

I-1-2-7) Même si, de par son contexte, la crise actuelle a une importance particulière et pourra se traduire par de profonds changement économiques, politiques et sociaux, tant à l’intérieur des États qu’à l’extérieur, elle n’est cependant qu’une crise parmi d’autres au sein d’une série de cycles longs, et notamment celui entamé au xviiie siècle en Angleterre et qui a permis au mode de production capitaliste et industriel de s’étendre à l’ensemble de la planète, cycle qui pourrait aujourd’hui entrer dans sa phase descendante. La crise sera suivie normalement d’un rétablissement au moins partiel, mais le risque est grand d’assister à de réels effets de cliquet, diminuant durablement l’intégration politique et économique de la planète et poussant dans la marge des populations et des régions entières.

 

I-1-3) Un monde de plus en plus dangereux

Le retour en force des impérialismes n’est pas du seul fait des États-Unis. Il se manifeste également en Chine et par l’expansionnisme russe déjà à l’œuvre sur certains territoires limitrophes. Des menaces se font jour contre les États issus de l’ancienne URSS. On paie là au prix fort la négation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’absence d’Europe politique et militaire et la faiblesse des organismes internationaux de sécurité.

 

I-2) La situation en France et en Europe

  En France, la conscience de la crise a fait de très nets progrès, mais les réponses ne sont toujours pas à la hauteur. Le « Grenelle de l’environnement », tant vanté par le gouvernement, n’a abouti qu’à des résultats en trompe-l’œil, vite remis en cause par les lobbies agricoles et industriels, et surtout sans financement crédible. Restructurer une société complexe comme la nôtre coûte très cher, et ceux qui refusent de l’admettre se condamnent à l’impuissance, les moins aisés étant les plus pénalisés.

I-2-1) Des réponses inadaptées

I-2-1-1)

I-2-1-2) Le discours de la droite, qui a pu faire illusion le temps d’une élection présidentielle, cache mal un projet réactionnaire visant à concentrer la richesse entre les mains des populations et des espaces géographiques les plus favorisés. Au-delà du symbole que constitue le « paquet fiscal », 14 milliards d’euros rendus aux plus riches chaque année, le gouvernement a entrepris un travail de sape des institutions et des lois qui protègent les classes populaires et moyennes, sans même explorer les solutions alternatives qui, il est vrai, avaient le défaut de nuire aux intérêts de ses affidés.

I-2-1-3) La casse des acquis sociaux mis en place depuis plus d’un siècle, marquée par les réformes du régime des retraites, qui réduira à terme d’environ 25 % le montant des pensions, les attaques contre le système de santé, la stigmatisation des chômeurs par des contrôles tatillons, la réduction des droits syndicaux, les attaques répétées contre le Code du travail, la remise en cause des 35 heures, la baisse de l’ambition en matière d’enseignement public, la chasse aux sans-papiers sont autant de reculs sociaux, mais aussi de terrains de mobilisation des forces progressistes.

I-2-1-4) La politique de diminution des impôts mise en œuvre depuis au moins une vingtaine d’années au profit des plus favorisés, le « paquet fiscal » mis en place depuis l’arrivée au pouvoir des actuels gouvernants ont pour résultat de créer et d’aggraver le déficit du budget de l’État. Ce déficit est le prétexte utilisé pour diminuer les dépenses publiques et, en conséquence, pour liquider les services publics. Mais cette casse des services publics est aussi la mise en œuvre d’une doctrine néo-libérale et réactionnaire où la notion de service à but non lucratif est remplacée par celle de rentabilité, où la solidarité disparaît au profit de valeurs marchandes, avec une aggravation drastique des inégalités sociales. L’ensemble des régions de France est durement touché par cette régression, et la Bretagne l’est particulièrement. 

I-2-1-5) Située à la périphérie de l’espace français, la Bretagne est plus vulnérable que d’autres à cette politique, d’autant plus que le système institutionnel français ne lui donne pas toujours les moyens légaux et financiers d’en corriger les effets et d’élaborer une réponse qui lui soit propre face à la crise qui s’annonce. À l’opposé des institutions du Pays basque sud, qui bénéficient d’une large autonomie fiscale et législative, la Région Bretagne, sans aucun pouvoir législatif ni même réglementaire et très limitée dans sa capacité à lever l’impôt, ne gère que 3 % du total des dépenses publiques (hors Sécurité sociale) réalisées sur le territoire de la Bretagne administrative et doit, en raison du caractère très injuste du mode de calcul des dotations d’État aux collectivités, faire avec le budget par habitant le plus faible de toutes les régions de la France métropolitaine. Cette réalité est largement ignorée des Bretons. Or, là est la cause profonde de l’incapacité de notre institution régionale à répondre comme elle le souhaiterait aux défis économiques, sociaux, environnementaux et culturels qui se posent à la Bretagne. Car on ne peut avoir que l’ambition des moyens dont on dispose ou qu’on se donne. Ici comme ailleurs, l’autonomie est la solution politique.

I-2-1-6) Globalement, les responsables politiques et administratifs ne remettent pas en cause la structure centralisée du pouvoir de l’État français. Même les réformes qui recueillent un certain écho dans l’opinion, comme la suppression du cumul des mandats ou la réforme du Sénat, se heurtent à l’inertie des pouvoirs en place. Quant à celles qui sont finalement adoptées, elles sont souvent vidées de leur contenu par le jeu des lobbies. Rigide et centralisé, l’État français est donc particulièrement vulnérable aux effets déstabilisateurs de la crise. Cependant, cet État reste au centre des attentes des Bretons, même s’il est, et continuera à être, de moins en moins capable d’y répondre.

I-2-1-7) La construction européenne se poursuit dans les domaines économiques et juridiques mais sans concrétisation politique. La question des institutions continue à se poser et, de ce point de vue, l’élargissement aux pays d’Europe orientale a aggravé le problème et poussé à un renforcement des égoïsmes nationaux. Dans un contexte où le libéralisme continue à dominer, le projet d’une Europe sociale et politique reste à construire.

L’orientation résolument libérale de la construction européenne ne peut que contribuer à en détourner une part croissante de la population européenne.

I-2-1-8) Les libertés fondamentales sont mises en danger au travers du fichage généralisé et centralisé. Il est clair que cette intrusion dans la vie privée est la porte ouverte aux dérives autoritaires.

 

I-2-2) La situation des forces politiques hexagonales La droite a gagné les élections de 2007 en proposant un retour au volontarisme politique. Celui-ci s’est cependant très vite heurté aux réalités et s’est transformé en une gestion de la crise par la régression sociale. Il a cependant servi de justification à une dérive présidentialiste du régime, le président sortant de son rôle traditionnel d’arbitre engagé pour assumer l’essentiel des pouvoirs du gouvernement, réduisant celui-ci à faire de la figuration. Cette dérive, associée à l’inefficacité de la politique gouvernementale, contribue fortement au discrédit du pouvoir en place dont la popularité est une des plus faibles de l’histoire de la Ve République après un an d’exercice, et dont la légitimité commence à devenir problématique.

I-2-2-1)

I-2-2-2) La gauche de gouvernement, représentée par le PS, peine à dégager un projet alternatif. Elle n’a pas tranché entre défense des acquis et gestion sociale du libéralisme. Ce choix binaire, qui ne tient pas compte de la nature de la crise en cours, limite considérablement sa capacité à s’opposer efficacement aux politiques néo-libérales et à la volonté d’accaparement des ressources de plus en plus manifeste dans les classes dirigeantes. Il l’empêche également d’établir une stratégie d’alliance cohérente et donc de rassembler face à une droite qui a, au moins temporairement, réabsorbé l’électorat d’extrême droite.

I-2-2-3) Le parti communiste se maintient dans ses bastions historiques mais semble sur la voie d’un déclin désormais irréversible. Il conviendra de suivre avec attention l’évolution de la LCR, après un changement qui ne sera pas que de nom ; il est possible qu’il s’agisse bientôt d’une force dont il faudra observer l’évolution, tout en étant conscient que leurs finalités sont différentes des nôtres.

I-2-2-4) Les Verts restent la force centrale de l’écologie politique, ils sont une force d’analyse et de proposition incontournable pour un renouvellement des pratiques politiques. Leur force électorale est cependant très inconstante et volatile, leur organisation et leurs divisions internes rendent difficile leur lisibilité. Ils demeurent le principal interlocuteur de R&PS au plan hexagonal et de l’Alliance libre européenne au plan européen ainsi que des partenaires privilégiés de l’UDB au niveau municipal, régional et européen. Il faut noter l’émergence d’une écologie de droite.

 

I-3) La situation en Bretagne 

I-3-1)

Le modèle économique breton, basé notamment sur le productivisme agricole, fait face à des défis considérables au moment où semble s’amorcer un cycle de crise de longue durée. L’agriculture, la pêche et les industries qui y sont liées souffrent de la crise des ressources sans vraiment bénéficier des hausses de prix. Dans le même temps, les alternatives peinent à se développer malgré les potentialités de notre territoire. L’investissement des Bretons dans l’éducation reste une constante, mais l’offre en enseignement supérieur n’est pas à la hauteur, tant du fait du manque d’autonomie des universités et du manque de moyens que de l’absence de débouchés professionnels locaux. L’aménagement du territoire reste marqué par le saupoudrage et le manque d’investissement dans la durée sans que les institutions régionales disposent des moyens de compenser ces insuffisances. On peut, par ailleurs, se poser la question de savoir s’il est pertinent d’investir dans la mondialisation et le productivisme à l’heure où la crise globale impose au contraire une transition vers une économie soutenable, solidaire et relocalisée.

I-3-2)

La culture bretonne, dans toutes ses composantes, reste vivante et dynamique, pleinement capable de s’adapter aux changements et d’intégrer les influences venues d’ailleurs. Le succès auprès des municipalités de la charte Ya d’ar brezhoneg proposée par l’Office de la langue bretonne montre que la langue bretonne est devenue un enjeu électoral qui tranche avec le mépris affiché à son égard il y a quelques décennies. La situation de la langue bretonne reste cependant difficile malgré une politique régionale ambitieuse impulsée en partie par l’UDB. La transition entre les bretonnants de naissance et les néo-locuteurs qui, qu’on le veuille ou non, sont l’avenir de la langue, est problématique et ne pourra être assurée que par un effort important d’éducation et de soutien et aussi d’exemplarité de la part des pouvoirs publics. La situation du gallo est, elle, critique. L’absence de toute dimension bretonne dans les programmes scolaires (histoire, géographie, littérature, arts, éducation physique) est une autre injustice faite aux Bretons. La Bretagne souffre lourdement de l’absence d’un service public audiovisuel et radiophonique qui serait doté de moyens comparables à ceux dont disposent des territoires comme le pays de Galles, l’Écosse, Euskadi ou la Catalogne et qui leur ont permis de faire émerger une industrie culturelle pourvoyeuse d’emplois qualifiés. En Bretagne, cette carence est particulièrement préjudiciable aux artistes professionnels ou aspirant à le devenir, qui peinent à trouver un accès au grand public et vivent souvent dans la précarité. L’identité bretonne est aujourd’hui largement acceptée et est régulièrement mise en avant lors des luttes sociales ou politiques. Cependant, elle n’est pas encore massivement revendiquée.

I-3-3)

La Bretagne constitue un espace de solidarité et sa population fait preuve d’une capacité de mobilisation supérieure à la moyenne hexagonale. Elle subit cependant les effets d’une gouvernance économique favorisant des intérêts parisiens plutôt que les siens propres. Cela se traduit par une spécialisation dans des secteurs à faible valeur ajoutée et donc par une émigration des diplômés, et des salaires moyens inférieurs à la moyenne. Par ailleurs, l’importance disproportionnée du tourisme résidentiel (résidences secondaires) et l’arrivée de nouvelles populations, notamment retraitées (+ 35 000 habitants chaque année en Bretagne historique) aboutissent à une spéculation foncière incontrôlée préjudiciable à la cohésion sociale. La structure urbaine bretonne, basée sur un réseau de villes moyennes, est mise à mal par une politique de démantèlement des services publics, qui privilégie les grands centres au détriment de la cohésion territoriale. Pis, certaines politiques locales en amplifient les effets en confortant le phénomène de concentration urbaine. L’UDB a démontré son opposition à la concentration urbaine en manifestant contre les projets de suppression des services hospitaliers dans les secteurs les plus fragiles (Carhaix, Redon, Quimperlé, Ancenis...), mais également en manifestant contre le projet de réforme de la carte judiciaire. Écoles, hôpitaux, tribunaux, postes sont des services publics essentiels pour garantir le polycentrisme et éviter la désertification du centre Bretagne notamment.

I-3-4)

La Bretagne a confirmé et amplifié en 2007 et 2008 son ancrage à gauche. La gauche, même globalement majoritaire, doit rassembler l’ensemble de ses composantes si elle veut l’emporter face à une droite unie. Le PS, s’il est dominant, ne peut cependant mobiliser plus d’un tiers des voix à lui tout seul. Les Verts, en Bretagne, malgré des divisions plus marquées qu’ailleurs, restent une force essentielle du combat pour l’écologie politique. Le parti communiste maintient difficilement ses bastions historiques tandis que l’extrême gauche, organisée autour de la LCR, fait preuve d’une vitalité certaine. À droite, le phénomène marquant est la résurgence du courant démocrate-chrétien lors de l’élection présidentielle de 2007 et la tentative d’implantation du MODEM. L’UMP, durablement affaiblie par sa défaite aux régionales de 2004, souffre d’un manque de leadership et n’a pas de projet global pour la Bretagne

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