Interview de Kristian Guyonvarc’h

Publié le par UDB Bohars

Interview de Kristian Guyonvarc’h dans le mensuel basque Lema


1- Quels ont été les principaux projets que tu as décidé de réaliser en tant que vice-président de la Région Bretagne, chargé des affaires européennes et internationales ?


Je me suis d’abord trouvé confronté à une difficulté majeure pour travailler à l’internationalisation de la Bretagne. Au changement de majorité en 2004 la Région Bretagne était de toutes les régions de France celle qui avait les plus faibles dépenses de fonctionnement par habitant. C’est toujours vrai d’ailleurs... Nous avions une « mission » internationale - pas même un service - squelettique de 7 agents dont 2 secrétaires. A titre de comparaison, la pseudo région des Pays de la Loire, avec un nombre d’habitants comparable et la même couleur politique, disposait d’un service de 22 agents.


Il a donc d’abord fallu convaincre mes collègues que cette situation n’était pas digne de la Bretagne et de ses ambitions. Aujourd’hui les affaires européennes et internationales ont leur propre direction qui réunit 15 agents. Mais le budget reste modeste : 2,75 millions d’euros.


Depuis 2004 nos coopérations décentralisées sont passées de 2 (province chinoise du Shandong et land allemand de Saxe) à 6 (Pays de Galles, région polonaise de Wielkopolska, régions malgaches d’Analanjirofo et Anosy). Nous avons créé une plateforme collaborative multiacteurs pour les relations entre la Bretagne et les 150 pays du Sud (ABCIS pour Acteurs Bretons de la Coopération Internationale et de la Solidarité), avec un site internet dédié (2). Nous avons initié une politique en faveur du commerce équitable et du tourisme solidaire. Nous avons ouvert une « ambassade » de la Bretagne à Bruxelles, au coeur du quartier européen. Nous ouvrirons à l’automne à Rennes l’Institut Confucius de Bretagne dédié à l’enseignement du chinois et à la connaissance de la culture et de la mentalité chinoises. Nous accueillerons en octobre 2008 à Saint-Malo le premier sommet mondial des Régions consacré au changement climatique, en partenariat avec le réseau NRG4SD (« Network of regional governments for sustainable development ») que les Basques connaissent bien puisque Euskadi en assure la coprésidence, avec la province sudafricaine du Cap occidental, et héberge son secrétariat à Gasteiz.


2- La coopération avec le PS et les Verts est-elle une réussite ?


Avec les Verts, qui étaient nos alliés au premier tour des régionales (1), nous formons un intergroupe, c’est-à-dire que, tout en ayant deux groupes politiques, nous préparons ensemble les sessions, nous faisons des interventions communes pour le compte des deux groupes sur certains sujets, nous rendons compte ensemble de notre mandat à l’occasion de deux réunions publiques chaque année. Nous avons beaucoup en commun, nos différences sont souvent de nuance sauf sur la question du futur aéroport international de Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes. Les Verts s’y opposent au nom de la lutte contre l’effet de serre, l’UDB y a toujours été favorable au nom de l’aménagement du territoire et considère que la mise en service de cet équipement devrait conduire à simplifier la carte aéroportuaire bretonne qui compte pas moins de 11 aéroports... ce qui permettrait précisément de réduire le trafic aérien, donc les émissions polluantes.


Avec le PS c’est différent en raison des contradictions qui le traversent. Si les conseillers régionaux socialistes sont majoritairement acquis à la régionalisation et pour certains favorables à une dévolution à la galloise, les éléments jacobins, même minoritaires, imposent une forme de « timidité ». Le PS, même en Bretagne, n’est pas autonomiste... mais ce n’est pas une découverte. Les socialistes bretons les plus progressistes redoutent toujours la sanction de la rue de Solférino.


3- L’autonomie, est-ce une idée qui avance dans l’esprit des responsables politiques bretons ?


Sans parler de revendication autonomiste j’ai quand même constaté des évolutions assez étonnantes, en particulier chez l’ancien président du groupe PS au Conseil régional, Jean-Jacques Urvoas, élu député de Quimper en 2007 et qui a décidé de ne pas cumuler les mandats. Plutôt jacobin, très pétri de culture républicaine au sens de la III ème République, ses trois années de mandat régional l’ont notamment amené à prendre des initiatives ces derniers mois en faveur de la ratification par la France de la Charte européenne sur les langues régionales ou minoritaires et d’une révision constitutionnelle. J’ai la faiblesse de croire que les interventions argumentées et le travail sérieux qui est reconnu aux élus de l’UDB ne sont pas étrangers à cette inflexion. Beaucoup de socialistes ont découvert que les militants de l’UDB étaient des femmes et des hommes « normaux » et surtout très attachés aux principes fondamentaux de la démocratie. Changer son regard sur les personnes amène souvent à réviser son jugement sur ce qu’elles disent.


Quand l’UDB a déposé en octobre 2004 une résolution en faveur de la réunification administrative de la Bretagne et la création d’une commission mixte de coopération entre la Région Bretagne et le Conseil général de Loire-Atlantique - ce qui s’est concrétisé - le Conseil régional l’a votée à l’unanimité. Idem pour le plan de politique linguistique présenté par le conseiller régional PS Thomin.


Ce qui pose toujours problème, c’est que face à la stratégie d’obstruction de l’Etat UMP sur des dossiers majeurs pour la Bretagne (création d’un établissement public foncier, enseignement bilingue, réunification administrative), les élus de l’UDB sont pour l’instant bien seuls à défendre la stratégie de l’émancipation au prix s’il le faut d’un conflit ouvert. La droite, ce qui est logique, mais aussi la plus grande partie de la gauche sont sur une position légitimiste.


4- Quelles sont les actions menées par l’UDB pour populariser le projet d’autonomie ?


L’UDB travaille actuellement à un projet de grand colloque sur le thème « pouvoir régional et autonomie énergétique en Europe ». Il s’agira de montrer aux Bretons, à partir d’exemples précis, en quoi l’autonomie régionale permet l’autonomie énergétique, ce qui est une question majeure de notre temps. L’accès direct à l’énergie conditionnera le développement économique de demain et les choix énergétiques détermineront l’avenir de la planète et de l’humanité.


5- Quelles sont les perspectives de l’UDB concernant les prochaines échéances électorales ?


Au printemps 2008, l’UDB, tout en assurant sa présence aux cantonales dans environ 25 cantons, a choisi de donner la priorité aux municipales car l’ancrage communal est souvent le gage de futures avancées. Plus de 200 de nos militants sont candidats, le plus souvent sur des listes d’union de la gauche, parfois sur des listes alternatives, et nous espérons qu’une centaine seront élus. Nous pouvons croire à l’élection de maires UDB dans le Finistère et en Ille-et-Vilaine.


Pour les échéances suivantes, l’UDB arrêtera sa stratégie lors de son prochain congrès prévu les 8 et 9 novembre. Elle sera guidée par l’objectif de renforcer l’implantation locale du parti et d’essaimer ses idées.


(1) La liste Verts-UDB avait obtenu 9,8% des voix avant de fusionner avec la liste PS-PC-PRG au second tour.


(2)
www.bretagne-solidarite-internationale.org


Téléchargez le numéro 121 de Lema
http://www.iparralde.eu/lema/lema121.pdf

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Publié dans Bretagne au Coeur

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